L'oeil public

Phallocracia

Mais que faisais-tu dans la rue ?!
2014 – Egypte

Lors de la révolution de 2011 en Egypte, les femmes ont été en première ligne, à l’égal des hommes. Il a régné alors une atmosphère unique, une magie propre aux révolutions qui aplanissent un temps les différences dans la lutte pour une grande cause commune. L’euphorie fût de courte durée, car très vite une violence ciblée a refait surface. Maintenir l’ordre patriarcal traditionnel, à défaut du reste. La scène filmée de « la fille au soutien-gorge bleu », tabassée par la police le 17 décembre 2011, fût un marqueur médiatique de ce désenchantement.

L’escalade des viols collectifs lors de manifestations, principalement en 2012 et 2013, a choqué le monde entier. Les mots terrorisme sexuel ont alors remplacé ceux du harcèlement sexuel. Aujourd’hui cette vague est retombée mais le quotidien des femmes continue d’être ruiné par un cocktail nauséabond de pulsions mâles et d’un régime culturel patriarcal extrême.

On ne peut pas simplement dire « c’est comme partout ». Il y a apparemment un syndrome égyptien. Des organisations féministes égyptiennes se battent depuis des années pour enrayer ce phénomène. Elles tentent surtout de briser les tabous sociétaux qui reprochent aux femmes de prendre part à des manifestations, et par extension de quitter leur poste au foyer familial. Dans la longue série de clichés machistes, elles sont aussi désignées comme responsables du harcèlement qui leur est destiné. Elles l’auraient bien cherché, notamment à cause de leur tenue vestimentaire. Pourtant les statistiques prouvent bien que les femmes voilées, habillées modestement, sont autant sinon plus victimes de harcèlement.

Mon travail afin de condamner ceci est un essai photographique, qui mélange une approche conceptuelle et le collage numérique avec ma base de photographe documentaire et de photojournaliste. Parti de cette immense injustice politique qui a connu son apogée odieuse avec les viols collectifs souvent organisés, ou du moins validés par non-assistance, aux plus hauts échelons du pouvoir, j’ai finalement décidé de parler de la cause à la source, c’est-à-dire un état d’esprit autant qu’un régime politique phallocrates.

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